Cher abus

May 11, 2026

Cher abus.
Ah, cher abus.

Pas celui qui laisse des bleus.
Pas celui qui laisse des traces dans les messages, dans les courriels.

Celui qui crée de la détresse, sans bruit.
Celui qui détruit, sans marques visibles.
Celui qui prend place dans l’invisible.

Dans la démonisation subtile de qui on est

Dans l’invalidation répétée qui finit par casser notre boussole intérieure, nos repères.
Qui nous fait croire qu’on est en train de perdre la carte.
De perdre le Nord.

Alors que toute notre âme est, en réalité, en train de réagir sainement à une ombre malsaine.
Mais invisible.

Cher abus, qui m’a fait perdre, graduellement, confiance en mes perceptions.
Qui m’a obstrué la voix.
La vision.
L’estime.

Natasha Calestreme met en garde contre toi- elle t’appelle aussi l’emprise, un sujet qu’elle a abondamment couvert à la suite du suicide d’une amie chère qui te subissait.

Moi, j’aime bien te comparer à un cancer, pour ancrer une image. « Tumeur maligne qui envahit et détruit les tissus voisins, pouvant se propager dans l’organisme. » Qu’on appelle aussi, avec raison, le tueur silencieux.

Parce que c’est ce que tu fais.
Dans les profondeurs de l’âme, tu détruis.
Et tu es dangereux. Réellement dangereux.
Parce que tu progresses à l’abri des regards.

Si des scans existent maintenant pour détecter le cancer, il n’en est pas encore de même pour détecter l’emprise.

« Madame, votre fatigue chronique, vos insomnies… c’est dans votre tête. »
On pouvait dire aux gens atteints de cancer avant que nos technologies puissent le détecter.

« Madame, vos insomnies, votre détresse… c’est dans votre tête. C’est dû à vos traumatismes d’enfance. »
On dit aujourd’hui aux personnes sous emprise.

 

 

Parce que tu ne laisses aucune trace sociale non plus.
« Mais il est si gentil. »
« Mais non, il n’y a pas d’abus. »
Peuvent dire des amis en commun. Certains thérapeutes, même.

Pourtant, il y en a. Tu existes, même si peu de gens te voient encore.

En ce sens, tu crées aussi une forme de prison sociale.
Où plusieurs personnes, ne te détectant pas, perpétuent l’emprise, l’empirent et remettent la faute sur la personne que tu as ciblée.

 

Il y a peut-être certains chamanes. Ou médiums. Qui peuvent te voir, eux. Ou des humains extrêmement connectés à leur intuition. Ou les proches profondément aimants de la personne chez qui tu t’installes — comme une mère peut intuitivement sentir un danger pour son enfant.

Mais c’est pas mal tout.

Bref, je t’écris aujourd’hui. Parce que, malgré tout, j’ai appris à te voir maintenant. À te détecter.

Quand je te vois, je te décrirais comme de la noirceur qu’une personne envoie vers une autre. Si je te dessinais, tu ressemblerais un peu à un Détraqueur dans Harry Potter.

Mais je n’ai plus peur de toi.
Je te regarde dans les yeux, maintenant, quand tu cognes à ma porte.

Et naturellement, tu repars. Et tu partiras. Maintenant que mon regard s’est aiguisé pour te reconnaître, dorénavant.

Je ne te déteste plus vraiment non plus.
J’ai compris qu’on ne se libérait pas de la noirceur, par la noirceur.

Même si je ne resterai plus silencieuse face à toi.

Merci d’avoir été un enseignant, pour m’ancrer encore plus dans mon intuition.
Dans mes « dons », diraient mes amis chamans, que j’ai d’ailleurs tous rencontrés parce que j’étais prise dans tes filets.

Ça me servira.

Cher abus, donc. Merci.

Parce qu’en me détruisant, en me brûlant vive, tu as aussi brûlé les chaînes qui nous liaient depuis très longtemps.